Aller au contenu

Fiche principale

Apophyllite

KCa₄Si₈O₂₀(F,OH)·8H₂O — Quadratique (tétragonal) — Mohs 4,5 – 5

Sommaire de la fiche

01

Présentation

Aucun spécimen correspondant à cette fiche n’est actuellement documenté dans la collection. La description minéralogique reste consultable.

« Apophyllite » est aujourd'hui le nom d'un groupe de minéraux. L'espèce de loin la plus courante, celle des géodes indiennes, porte depuis 2013 le nom officiel de fluorapophyllite-(K) : un silicate hydraté de potassium et de calcium contenant du fluor, de formule KCa₄Si₈O₂₀(F,OH)·8H₂O. Les collectionneurs et les étiquettes continuent de l'appeler simplement apophyllite.

Son nom, donné par René Just Haüy au début du XIXᵉ siècle, vient du grec et signifie « qui s'effeuille ». Chauffée, l'apophyllite perd son eau et se délite en fines lamelles. Cette tendance vient de sa structure : des feuillets de silice empilés, comme ceux des micas, mais organisés selon une symétrie carrée. D'où un clivage parfait et un éclat nacré très particulier sur les faces de la base.

Les basaltes du Deccan, autour de Pune, Mumbai et Nashik, ont livré certaines des plus belles apophyllites du monde : des cristaux limpides, blancs ou d'un vert pâle à vif, souvent associés à la stilbite, à la scolécite ou à l'heulandite.

Aussi appelée : Fluorapophyllite-(K) · Fluorapophyllite · Apophyllite verte · Apophyllite de Pune · Ichthyophtalmite

02

Cristallographie & propriétés physiques

Composition et cristallographie

FORMULE CHIMIQUEKCa₄Si₈O₂₀(F,OH)·8H₂O — fluorosilicate hydraté de potassium et calcium
GROUPE MINÉRALPhyllosilicates — groupe de l'apophyllite
SYSTÈME CRISTALLINQuadratique (tétragonal)
CLASSE CRISTALLINEDitétragonale dipyramidale (4/mmm) — groupe d'espace P4/mnc
DURETÉ (MOHS)4,5 – 5
Masse volumique2,3 – 2,4 g/cm³

Propriétés physiques

CLIVAGEParfait selon {001} ; imparfait selon {110}
CASSUREInégale
ÉCLATVitreux ; nacré sur les faces {001}
COULEURIncolore, blanche, vert pâle à vif ; plus rarement rose ou jaune
TRAIT (POUDRE)Blanc
TRANSPARENCETransparente à translucide

Formule développée : K⁺ Ca²⁺₄ [Si₈O₂₀]⁸⁻ F⁻ · 8H₂O. L'apophyllite est un phyllosilicate : ses tétraèdres SiO₄ partagent trois de leurs sommets pour former des feuillets continus, de composition Si₈O₂₀, perpendiculaires à l'axe c. Dans les micas et les argiles, les tétraèdres s'assemblent en anneaux de six. Dans l'apophyllite, ils forment des anneaux de quatre et de huit qui s'emboîtent. Ce motif donne une véritable symétrie quadratique (groupe d'espace P4/mnc, a ≈ 8,96 Å, c ≈ 15,80 Å).

Entre les feuillets se logent les ions calcium, potassium et fluorure, ainsi que les molécules d'eau. Les liaisons entre feuillets sont bien plus faibles que les liaisons Si–O à l'intérieur de chacun. Le cristal se clive donc parfaitement parallèlement aux feuillets, selon {001}, et ces surfaces prennent un éclat nacré. Chauffée, l'apophyllite perd son eau : les feuillets se séparent et le cristal s'exfolie, ce qui lui a valu son nom. En milieu acide, elle se décompose en formant une gelée de silice.

Pure, l'apophyllite est incolore. Pour la variété verte de Poona (Pune), Rossman a montré en 1974 que la couleur ne venait pas du fer, longtemps soupçonné, mais du vanadium. Ses cristaux contenaient environ 1 600 ppm de vanadium pour seulement 70 ppm de fer, et la couleur est attribuée principalement au vanadium tétravalent, sous forme d'ion vanadyle VO²⁺. Les cristaux verts sont dichroïques : bleu-vert vus dans l'axe c, vert-jaune pâle perpendiculairement.

Habitus : pseudo-cubes formés par le prisme {110} et la base {001}, souvent légèrement tronqués aux coins, ou prismes terminés par une pointe pyramidale {101}. La base {001}, nacrée, contraste avec les faces latérales vitreuses. Les cristaux sont isolés, groupés en amas ou implantés sur des zéolites.

Fig. 1 — Feuillet Si₈O₂₀ de l'apophyllite vu le long de l'axe c (schéma) : des anneaux de quatre tétraèdres (losanges) reliés en anneaux de huit délimitent une maille carrée. Les ions K⁺, Ca²⁺ et F⁻ et l'eau se logent entre les feuillets, le long desquels le cristal se clive.

CYCLE À 4CYCLE À 8K⁺, Ca²⁺, F⁻ENTRE FEUILLETSFEUILLET Si₈O₂₀c ⊥ PAGE

Fig. 2 — Habitus : à gauche, pseudo-cube formé du prisme {110} et de la base {001}, dont la face supérieure montre l'éclat nacré « œil de poisson » ; à droite, prisme terminé par la pyramide {101}.

{001} NACRÉ{110}PSEUDO-CUBE{101}PRISMEÀ POINTE

Espèces apparentées

Depuis 2013, le groupe de l'apophyllite distingue ses espèces selon l'anion (fluor ou hydroxyle) et le cation alcalin logés entre les feuillets.

  • Hydroxyapophyllite-(K) · KCa₄Si₈O₂₀(OH,F)·8H₂O — Le groupe hydroxyle y domine sur le fluor. Elle est presque impossible à distinguer à l'œil de la fluorapophyllite-(K) : seule une analyse chimique tranche. Sa localité type est la mine Ore Knob, aux États-Unis.
  • Fluorapophyllite-(Na) · NaCa₄Si₈O₂₀F·8H₂O — Le sodium remplace le potassium. La structure, légèrement déformée, devient orthorhombique. Elle a été décrite de la mine de Sampo, au Japon.
  • Fluorapophyllite-(NH₄) · (NH₄)Ca₄Si₈O₂₀F·8H₂O — Membre où l'ion ammonium occupe la place du potassium, décrit de la carrière de Vechec, en Slovaquie orientale : la preuve que l'espace entre les feuillets accepte des cations très variés.

Repères documentaires

Avant de s'appeler apophyllite, le minéral a été décrit vers 1800 par le minéralogiste brésilien José Bonifácio de Andrada e Silva sous le nom d'« ichthyophtalme », de « œil de poisson » en grec. Werner l'appelait Fischaugenstein, la « pierre œil-de-poisson ». Le nom évoque le reflet nacré, un peu laiteux, qui apparaît sur les faces de la base quand on incline le cristal.

03

Contextes de formation

Comme les zéolites qui l'accompagnent, l'apophyllite du Deccan est un minéral secondaire de basse température. Elle cristallise dans les géodes des coulées de basalte, à partir d'eaux souterraines qui ont lessivé la roche bien après l'éruption. Sa formule demande un ingrédient que les zéolites calciques n'exigent pas : du fluor, associé au potassium.

Les trapps du Deccan se sont mis en place en plusieurs grandes impulsions autour de la limite Crétacé–Paléogène, il y a environ 66 millions d'années. Les minéraux des géodes sont plus tardifs et n'ont pas, à notre connaissance, été datés directement.

ÉTAPE
01
Une coulée et ses cavités

Chaque coulée de basalte possède un sommet bulleux, criblé de vésicules et parfois de grandes géodes de plusieurs décimètres, un cœur massif découpé en prismes de retrait lors du refroidissement, et une base à vésicules en tubes. Les cavités du sommet, reliées par des fissures, sont les lieux de dépôt des minéraux secondaires.

ÉTAPE
02
Lessivage du verre et des feldspaths

Les eaux d'infiltration, réchauffées par l'enfouissement sous les coulées suivantes, attaquent le verre volcanique et les feldspaths du basalte. Elles se chargent en silice, en calcium, en potassium et en petites quantités de fluor. Leur composition évolue au fil du temps et d'un niveau de coulée à l'autre.

ÉTAPE
03
Silice et zéolites en premier

Dans les géodes, le dépôt commence souvent par un liseré de silice (calcédoine, quartz) sur la paroi. Viennent ensuite les zéolites calciques et sodiques, comme la stilbite, l'heulandite, la scolécite ou la mésolite, qui forment gerbes, éventails et tablettes. L'ordre exact varie d'une cavité à l'autre.

ÉTAPE
04
Cristallisation de l'apophyllite

Quand la solution réunit potassium, calcium, silice et fluor dans les bonnes proportions, l'apophyllite cristallise. Ses feuillets de silice s'empilent en piégeant entre eux le potassium, le calcium, le fluor et huit molécules d'eau par formule. Elle se dépose fréquemment sur ou parmi les zéolites, en pseudo-cubes ou en prismes pointus. Lorsque la solution contient un peu de vanadium, il s'incorpore au cristal et le colore en vert.

ÉTAPE
05
Mise au jour dans les carrières

Les géodes restent closes jusqu'à ce que les tirs des carrières de granulats les ouvrent. L'essentiel des spécimens indiens provient ainsi des chantiers et des carrières qui alimentent la construction dans le triangle Mumbai–Pune–Nashik.

Profil schématique (non à l'échelle) d'une coulée de basalte du Deccan : sommet vésiculé avec géode, cœur massif à prismes de retrait, base à vésicules en tubes. Des eaux chaudes chargées en potassium, calcium, fluor et silice, issus de l'altération du verre et des feldspaths, montent par une fissure et déposent dans la géode des cristaux d'apophyllite parmi des gerbes de stilbite.

COULÉE SUSJACENTECOULÉE SOUS-JACENTESOMMET VÉSICULÉ(BULLES ET GÉODES)CŒUR MASSIFPRISMES DE RETRAITBASE DE COULÉEAPOPHYLLITE+ STILBITE EN GERBESEAUX CHAUDESK⁺ · Ca²⁺ · F⁻ · SiO₂ISSUS DU VERREET DES FELDSPATHS

04

Gisement étudié

Pune (anciennement Poona) se trouve sur le plateau du Deccan, dans l'État du Maharashtra, à environ 120 km au sud-est de Mumbai, juste à l'est de l'escarpement des Ghats occidentaux. La ville forme avec Mumbai et Nashik un triangle d'où proviennent la plupart des apophyllites indiennes de collection. Les collines de Pashan, à l'ouest de Pune, sont réputées pour leurs apophyllites vertes. D'autres sites du Deccan, comme Jalgaon ou Bidkin près d'Aurangabad, ont aussi produit des cristaux remarquables.

Tout le sous-sol de la région est constitué par les trapps du Deccan, un empilement de coulées de basalte tholéiitique mis en place autour de la limite Crétacé–Paléogène, il y a environ 66 millions d'années. L'apophyllite et les zéolites ont cristallisé plus tard, à basse température, dans les vésicules et les géodes du sommet des coulées.

Les minéraux de ces basaltes intéressent les savants depuis le XIXᵉ siècle, quand les tranchées du chemin de fer reliant Mumbai à Pune à travers les Ghats ont ouvert de nombreuses géodes. Le grand essor date toutefois des années 1970 : la croissance urbaine de Mumbai et de Pune multiplie les carrières de granulats, et chaque tir peut ouvrir une cavité tapissée de cristaux. Les ouvriers les récupèrent avant le concassage et les revendent à des négociants locaux, qui alimentent le marché international.

Les apophyllites de la région de Pune sont souvent limpides et parfois d'un vert franc. Elles sont associées à la stilbite, parfois rose, à l'heulandite, à la scolécite, à la mésolite et à la calcite. Les spécimens portent fréquemment la seule mention du district, « Pune » ou « Poona », la carrière exacte n'étant pas toujours connue.

Minéraux associés au gisement étudié

StilbiteHeulanditeScoléciteMésoliteCalciteCalcédoineQuartzCavansite

ARCA MINERAL

Chez Arca Mineral, l'apophyllite de Pune apparaît notamment comme support de nos scolécites : un cristal pseudo-cubique vert pâle d'où jaillissent des gerbes d'aiguilles limpides. L'association des deux minéraux sur une même pièce raconte la succession des dépôts dans la géode. Nous privilégions les cristaux à faces nettes et à base nacrée intacte, sans éclats de clivage.

Préparation de la carte…

Localisation schématique de Pune (Maharashtra, Inde), au sommet du triangle Mumbai–Pune–Nashik d'où proviennent la plupart des apophyllites et zéolites indiennes. Les pointillés figurent la voie ferrée Mumbai–Pune à travers les Ghats ; Jalgaon et Aurangabad sont d'autres sources du Deccan. Contours simplifiés ; le point marque la ville et non une carrière précise.

MERD'ARABIEGHATS OCCIDENTAUXTRIANGLE CLASSIQUEDES ZÉOLITES DU DECCANMUMBAINASHIKAURANGABADJALGAONPUNE (POONA)≈ 18,52° N · 73,86° EPLATEAU DU DECCANBASALTES · ~66 MA100 KMN

05

Conservation & entretien

Manipulation

Le clivage parfait selon la base fait de l'apophyllite un minéral qui s'écaille facilement : un choc sur une arête ou un coin détache une lamelle et laisse une cicatrice nacrée. Sa dureté de 4,5 à 5 la rend aussi sensible aux rayures du quartz ou d'autres spécimens. Tenez-la par la matrice, rangez-la séparément et calez-la pour le transport.

Lumière & chaleur

La chaleur est son principal ennemi. Contenant beaucoup d'eau, l'apophyllite la perd quand on la chauffe : elle blanchit, devient opaque, puis s'exfolie en lamelles, comme son nom l'annonce. Bannissez spots halogènes, vitrines chauffantes, rebords de fenêtres en plein soleil et variations brusques de température. Un éclairage LED froid convient parfaitement.

Nettoyage

Dépoussiérez au pinceau doux. Si nécessaire, un rinçage rapide à l'eau tiède légèrement savonneuse, suivi d'un rinçage à l'eau distillée et d'un séchage à l'air, est sans danger. Proscrivez absolument les acides, qui décomposent l'apophyllite en gelée de silice et attaquent les zéolites et la calcite associées, ainsi que les ultrasons, qui ouvrent les plans de clivage.

Sécurité

L'apophyllite ne présente aucune toxicité à la manipulation. Les seules précautions sont mécaniques : les éclats de clivage peuvent être tranchants, et les aiguilles de zéolites souvent associées, comme la scolécite ou la mésolite, peuvent former de petites échardes. Lavez-vous les mains après avoir manipulé des fragments.

Présentation

Inclinez le spécimen sous une lumière rasante : la base {001} renvoie alors le reflet nacré « œil de poisson » qui a valu au minéral son premier nom. Pour les cristaux verts, un éclairage par l'arrière révèle la couleur, qui change légèrement selon l'angle de vue du fait du dichroïsme. Un fond sombre fait ressortir la limpidité des pseudo-cubes.

Repères historiques et usages

Un nom né sous le chalumeau

René Just Haüy a baptisé l'apophyllite d'après son comportement à la chaleur : sous la flamme du chalumeau, elle s'exfolie en lamelles. Le minéral avait d'abord été signalé en 1784 par le Suédois Carl Rinman comme une « zéolite » de Hällestad, puis décrit vers 1800 par Andrada e Silva sous le nom d'ichthyophtalme, d'après un spécimen de l'île d'Utö, près de Stockholm.

Le vert du vanadium

En 1974, George Rossman (California Institute of Technology) a analysé par spectroscopie optique l'apophyllite verte de Poona. Il a montré que sa couleur n'était pas due au fer, comme on le pensait, mais au vanadium tétravalent, présent à hauteur d'environ 1 600 ppm (American Mineralogist, vol. 59).

Un nom qui a changé trois fois

Longtemps traitée comme une seule espèce, l'apophyllite est devenue en 1978 une série dont les membres se distinguent par leur chimie (Dunn, Rouse et Norberg). L'Association minéralogique internationale a ensuite révisé la nomenclature en 2008, puis en 2013 : l'apophyllite des géodes indiennes s'appelle désormais officiellement fluorapophyllite-(K).

Références

Mindat.org — Fluorapophyllite-(K) (min-1573) · Hatert F., Mills S.J., Pasero M. & Williams P.A. (2013) CNMNC guidelines for the use of suffixes and prefixes in mineral nomenclature, European Journal of Mineralogy 25 · Rossman G.R. (1974) Optical spectroscopy of green vanadium apophyllite from Poona, India, American Mineralogist 59 · Haüy R.J. — note sur l'apophyllite, Annales des Mines (vers 1808, extrait du Journal de Gehlen) · Ottens B. (2003) Minerals of the Deccan Traps, India, Mineralogical Record 34 · Sukheswala R.N. et al. (1974) Mineralogical Magazine 39(306), 658-671 · Schoene B. et al. (2019) Science 363(6429) · Wikipedia (de) — Apophyllit · Turnstone — Zeolites and related minerals from Pune (Poona)

© 2026 Arca Mineral — Fiche minéralogique originale (Référence ARC·APO·01), mise à jour le 2 novembre 2026. Reproduction ou réutilisation interdite sans autorisation écrite. arcamineral.com

Citer cette fiche
Arca Mineral, « Apophyllite — fiche minéralogique » (Référence ARC·APO·01), mise à jour le 2 novembre 2026, https://arcamineral.com/mineraux/apophyllite, consultée le 8 novembre 2026.

Aucun spécimen disponible actuellement. Cette notice reste consultable.