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Présentation

ARC-S00001 — Scolécite sur Apophyllite
La scolécite est une zéolite calcique, un aluminosilicate de calcium hydraté de formule CaAl₂Si₃O₁₀·3H₂O. Les zéolites forment une grande famille de minéraux dont la charpente est percée de canaux, où se logent des molécules d'eau et des cations faiblement retenus. La scolécite appartient au sous-groupe de la natrolite, dont les cristaux sont construits sur des chaînes atomiques parallèles : d'où leurs formes allongées en aiguilles et en prismes fins.
Décrite en 1813, elle tient son nom du grec skôlêx, « ver », à cause de son comportement sous la flamme du chalumeau des anciens minéralogistes : en perdant son eau, elle se tord et s'enroule comme un ver. Incolore à blanche, d'un éclat vitreux à soyeux, elle forme des gerbes et des éventails de prismes limpides, souvent striés sur leur longueur.
Les plus beaux spécimens du monde viennent des basaltes du Deccan, dans l'ouest de l'Inde, et en particulier des carrières des districts de Pune et de Nashik. Ils y sont souvent associés à l'apophyllite verte ou incolore et à la stilbite.
Aussi appelée : Scolecite · Skolezit · Scolécite de Pune · Scolécite d'Inde
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Cristallographie & propriétés physiques
Composition et cristallographie
| FORMULE CHIMIQUE | CaAl₂Si₃O₁₀·3H₂O — aluminosilicate de calcium hydraté |
|---|---|
| GROUPE MINÉRAL | Tectosilicates — zéolites, sous-groupe de la natrolite |
| SYSTÈME CRISTALLIN | Monoclinique (pseudo-orthorhombique) |
| CLASSE CRISTALLINE | Domatique (m) — groupe d'espace Cc |
| DURETÉ (MOHS) | 5 – 5,5 |
| Masse volumique | 2,2 – 2,4 g/cm³ |
Propriétés physiques
| CLIVAGE | Parfait selon {110}, dans deux directions parallèles à l'allongement |
|---|---|
| CASSURE | Inégale |
| ÉCLAT | Vitreux ; soyeux sur les agrégats fibreux |
| COULEUR | Incolore à blanche ; rarement rosée, saumon ou verdâtre |
| TRAIT (POUDRE) | Blanc |
| TRANSPARENCE | Transparente à translucide |
Formule développée : Ca[Al₂Si₃O₁₀]·3H₂O. La charpente est faite de tétraèdres SiO₄ et AlO₄ reliés par leurs sommets. Dans le sous-groupe de la natrolite, ces tétraèdres s'assemblent en chaînes de cinq (unités T₅O₁₀) qui courent parallèlement à l'axe c. Les chaînes sont reliées latéralement entre elles et ménagent des canaux. Dans la scolécite, ces canaux abritent un ion calcium et trois molécules d'eau par unité de formule.
Cette architecture en chaînes explique à la fois la forme et la fragilité du minéral. Les cristaux s'allongent selon les chaînes, en prismes fins à section presque carrée, et se clivent parfaitement parallèlement à leur longueur. Le calcium, porteur de deux charges, impose un ordre et une légère distorsion de la charpente : la symétrie, orthorhombique chez la natrolite sodique, s'abaisse au monoclinique (groupe d'espace Cc) chez la scolécite. Cette structure sans centre de symétrie rend le cristal pyroélectrique et piézoélectrique.
La scolécite est le plus souvent incolore ou blanche : sa formule ne contient aucun élément chromophore, et sa blancheur laiteuse vient de la diffusion de la lumière par les fibres, les fissures de clivage et les macles. Les rares teintes rosées ou saumon sont généralement attribuées à des inclusions ou à des traces d'impuretés plutôt qu'au minéral lui-même.
Habitus : prismes allongés à section carrée, terminés par une pointe basse, presque toujours maclés selon {100}. La macle se trahit par une fine arête ou un sillon médian le long du cristal et par des stries parallèles à l'allongement. Les cristaux se groupent en gerbes et en éventails rayonnants, parfois en masses fibreuses.
Fig. 1 — Structure de la scolécite vue le long de l'axe c (schéma) : les chaînes de tétraèdres T₅O₁₀ (losanges), reliées entre elles, ménagent des canaux occupés par des ions Ca²⁺ et des molécules d'eau.
Fig. 2 — Habitus : à gauche, un prisme de scolécite maclé selon {100}, avec sa suture médiane et ses stries parallèles à c ; à droite, la gerbe rayonnante typique des spécimens du Deccan.
Espèces apparentées
La scolécite partage sa charpente en chaînes avec d'autres zéolites du sous-groupe de la natrolite, qui ne diffèrent que par les cations et l'eau logés dans les canaux.
- Natrolite · Na₂Al₂Si₃O₁₀·2H₂O — Le pôle sodique, orthorhombique. Deux ions Na⁺ remplacent un Ca²⁺ et la charpente reste plus symétrique. Ses aiguilles ressemblent beaucoup à celles de la scolécite.
- Mésolite · Na₂Ca₂Al₆Si₉O₃₀·8H₂O — Intermédiaire ordonné entre natrolite et scolécite, en couches alternées sodiques et calciques. Elle forme les fines houppes « cheveux d'ange » des carrières du Deccan, notamment autour de Lonavala.
- Gonnardite · (Na,Ca)₂(Si,Al)₅O₁₀·3H₂O — Membre désordonné du sous-groupe, où silicium et aluminium se répartissent au hasard dans les tétraèdres. Elle forme surtout des sphérules fibreuses.
Repères documentaires
La scolécite est pyroélectrique et piézoélectrique : faute de centre de symétrie dans sa structure, ses cristaux se chargent électriquement quand on les chauffe ou qu'on les comprime. Une gerbe exposée à une source de chaleur peut ainsi attirer la poussière.
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Contextes de formation
La scolécite du Deccan est un minéral secondaire de basse température. Elle ne s'est pas formée dans la lave en fusion, mais bien plus tard, lorsque des eaux souterraines ont circulé dans les coulées refroidies, dissous une partie de la roche et déposé des zéolites dans les cavités laissées par les bulles de gaz.
Les trapps du Deccan sont l'une des plus grandes provinces basaltiques de la planète : un empilement de coulées de lave qui couvre une grande partie de l'ouest et du centre de l'Inde. Leur mise en place s'est faite en plusieurs grandes impulsions autour de la limite Crétacé–Paléogène, il y a environ 66 millions d'années.
À la fin du Crétacé, d'énormes volumes de basalte tholéiitique s'épanchent par des fissures et s'empilent en coulées successives, épaisses chacune de quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres. L'escarpement des Ghats occidentaux, entre Mumbai et Pune, expose aujourd'hui des centaines de mètres de ces coulées en « marches d'escalier », d'où le nom de trapps (« escaliers » en suédois).
En se décomprimant, la lave libère ses gaz dissous. Les bulles remontent et se concentrent dans la partie haute de chaque coulée, où elles sont figées par le refroidissement. Ce sommet vésiculé, criblé de cavités de quelques millimètres à plusieurs dizaines de centimètres, est le futur réceptacle des zéolites.
Après l'éruption, les eaux d'infiltration circulent dans l'empilement, réchauffées par l'enfouissement et par la chaleur résiduelle des coulées. Elles attaquent le verre volcanique et les plagioclases calciques du basalte, et se chargent en calcium, sodium, aluminium et silice. La nature des zéolites qui se déposent ensuite dépend surtout de la température et de la composition de ces solutions. Dans le Deccan, une zonation en profondeur (laumontite, scolécite, heulandite) a été proposée, mais des études plus étendues ne la retrouvent pas de façon nette.
Dans les cavités, la séquence commence souvent par un mince liseré de silice sur la paroi, sur lequel grandissent ensuite des cristaux plus gros. La scolécite, riche en calcium, cristallise à basse température en prismes fins qui rayonnent à partir de quelques points d'ancrage, formant gerbes et éventails. Elle partage souvent la cavité avec l'apophyllite, la stilbite ou la calcite, dans un ordre de dépôt qui varie d'une géode à l'autre.
Les géodes restent enfermées dans la roche jusqu'à ce que l'érosion ou l'homme les ouvre. Dans la région de Pune, ce sont surtout les carrières de granulats, exploitées pour la construction des routes et des villes, qui les mettent au jour lors des tirs à l'explosif.
Coupe schématique (non à l'échelle) des basaltes du Deccan : chaque coulée possède un sommet vésiculé. Les eaux d'infiltration, réchauffées en profondeur, altèrent le verre et les plagioclases du basalte et déposent dans les vésicules un liseré de silice, de l'apophyllite et des gerbes de scolécite.
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Gisement étudié
Pune (anciennement Poona) se trouve dans l'État du Maharashtra, sur le plateau du Deccan, à environ 120 km au sud-est de Mumbai, juste à l'est de l'escarpement des Ghats occidentaux. Le district est l'un des grands pourvoyeurs mondiaux de zéolites de collection, avec des sites devenus classiques comme Wagholi au nord-est de la ville, les collines de Pashan, ou la carrière de Lonavala dans les Ghats. Le district voisin de Nashik, plus au nord, est réputé fournir une grande part des plus belles scolécites.
Tout le sous-sol de la région est formé par les trapps du Deccan, des coulées de basalte tholéiitique empilées sur des centaines de mètres. Les datations U-Pb sur zircon les placent en quatre grandes impulsions éruptives autour de la limite Crétacé–Paléogène, il y a environ 66 millions d'années. Les zéolites ont cristallisé plus tard, à basse température, dans les vésicules et les fissures de ces coulées, au fil de la circulation des eaux souterraines.
Les zéolites de Poona intéressent les minéralogistes depuis longtemps : dès 1831, H. J. Brooke décrit sous le nom de « poonahlite » une zéolite fibreuse de la région. Les géologues du XIXᵉ siècle remarquent ces cristaux dans les tranchées des chemins de fer qui escaladent les Ghats. L'abondance actuelle de spécimens date de la fin du XXᵉ siècle : l'urbanisation rapide de Pune et de Mumbai a multiplié les carrières de granulats, dont les tirs ouvrent régulièrement des géodes. Les ouvriers récupèrent les cristaux, qui passent ensuite par un réseau de négociants locaux avant de rejoindre le marché international.
Dans ces cavités, la scolécite forme des gerbes de prismes limpides, souvent implantées sur des cristaux d'apophyllite verte ou incolore, avec de la stilbite, de l'heulandite, de la calcite ou de la calcédoine. L'activité des carrières étant continue, les trouvailles se renouvellent, mais chaque carrière a sa propre « signature » minéralogique.
Minéraux associés au gisement étudié
ARCA MINERAL
Les scolécites proposées par Arca Mineral illustrent les deux présentations classiques du Deccan : des gerbes de longues aiguilles limpides jaillissant d'un cristal d'apophyllite vert pâle, et des éventails denses de prismes blancs sur une base de zéolites. Les étiquettes indiennes mentionnent souvent seulement le district (« Pune » ou « Poona ») : l'apophyllite de la base et la netteté des terminaisons comptent davantage que la carrière exacte.
Préparation de la carte…
Localisation schématique de Pune (Maharashtra, Inde) sur le plateau du Deccan, à l'est de l'escarpement des Ghats occidentaux. Sont indiqués quelques sites zéolitiques classiques des districts de Pune (Wagholi, Lonavala) et de Nashik. Contours simplifiés ; le point marque la ville et non une carrière précise.
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Conservation & entretien
Manipulation
Les aiguilles de scolécite sont fines, clivables sur leur longueur et ne tiennent souvent à la base que par un point d'ancrage étroit. Un choc ou une simple pression du doigt suffit à les casser. Saisissez toujours la pièce par la matrice ou par le cristal d'apophyllite de la base, transportez-la calée dans une boîte, et ne la posez jamais aiguilles vers le bas.
Lumière & chaleur
La lumière ne l'altère pas, mais la chaleur, si. Comme toutes les zéolites, la scolécite contient de l'eau, qu'elle perd progressivement si on la chauffe : les cristaux peuvent alors blanchir, se fissurer ou devenir opaques. Pyroélectrique, elle se charge aussi en surface quand sa température change et attire la poussière. Évitez spots halogènes, vitrines chauffantes et rebords de fenêtre ensoleillés.
Nettoyage
Dépoussiérez avec un pinceau très souple, ou par une soufflette à main tenue à distance : un jet d'air comprimé trop puissant peut briser les aiguilles. Si un lavage s'impose, un bref bain d'eau distillée tiède suivi d'un séchage à l'air libre suffit. Proscrivez les acides, que les zéolites ne supportent pas et qui attaquent aussi la calcite associée, ainsi que les ultrasons.
Sécurité
La scolécite ne présente pas de toxicité. Ses aiguilles cassées peuvent cependant former de petites échardes cristallines : manipulez les gerbes abîmées avec précaution, et lavez-vous les mains après avoir touché des fragments. Gardez les pièces hors de portée des jeunes enfants, qui pourraient casser et porter à la bouche les fines aiguilles.
Présentation
Les gerbes de scolécite gagnent beaucoup à être éclairées par l'arrière ou de biais : la lumière file le long des prismes transparents et souligne leur disposition rayonnante. Un fond sombre fait ressortir leur blancheur. Exposez-les dans une vitrine fermée, à l'abri des courants d'air et de la poussière, à laquelle leur pyroélectricité les rend sensibles.
Repères historiques et usages
La « poonahlite » qui n'en était pas une
En 1831, H. J. Brooke décrit à partir d'échantillons de « Poonah » un nouveau minéral fibreux qu'il nomme poonahlite. Longtemps rangée avec la scolécite, elle a été identifiée à la mésolite par H. L. Bowman en 1909, comme le rappelle Max Hey dans sa série d'études sur les zéolites (Mineralogical Magazine, 1933). Le nom de Poona a ainsi failli entrer dans la nomenclature minéralogique.
Des trapps et des dinosaures
Les basaltes qui abritent les zéolites de Pune sont contemporains de la disparition des dinosaures non aviens. En 2019, deux équipes ont publié simultanément dans Science des datations des trapps : l'une, par U-Pb sur zircon, identifie quatre grandes impulsions éruptives, dont une commençant quelques dizaines de milliers d'années avant l'impact de Chicxulub ; l'autre, par Ar-Ar, situe l'essentiel des éruptions après l'impact. Le débat sur leur rôle dans l'extinction reste ouvert.
Des cristaux nés des chantiers
La plupart des zéolites indiennes de collection ne proviennent pas de mines dédiées mais de carrières de granulats. L'explosion de la production de spécimens à la fin du XXᵉ siècle accompagne la croissance des villes du Maharashtra : chaque tir ouvre de nouvelles géodes, dont les cristaux sont récupérés par les ouvriers avant le concassage.
Références
Sukheswala R.N., Avasia R.K. & Gangopadhyay M. (1974) Zeolites and associated secondary minerals in the Deccan Traps of Western India, Mineralogical Magazine 39(306), 658-671 · Hey M.H. (1933) Studies on the zeolites, Part V: Mesolite, Mineralogical Magazine 23(143) · Ottens B. (2003) Minerals of the Deccan Traps, India, Mineralogical Record 34 · Praszkier T. & Siuda R. (2007) The Lonavala quarry, Pune District, Mineralogical Record 38 · Schoene B. et al. (2019) U-Pb constraints on pulsed eruption of the Deccan Traps across the end-Cretaceous mass extinction, Science 363(6429) · Sprain C.J. et al. (2019) The eruptive tempo of Deccan volcanism in relation to the Cretaceous-Paleogene boundary, Science 363(6429) · Jeffery K.L. et al. (1988) Deccan Flood Basalts, Geological Society of India Memoir 10 · Mindat.org — Wagholi et Lonavala, Pune District · Wikipedia — Scolecite
© 2026 Arca Mineral — Fiche minéralogique originale (Référence ARC·SCO·01), mise à jour le 2 novembre 2026. Reproduction ou réutilisation interdite sans autorisation écrite. arcamineral.com
Citer cette fiche
Arca Mineral, « Scolécite — fiche minéralogique » (Référence ARC·SCO·01), mise à jour le 2 novembre 2026, https://arcamineral.com/mineraux/scolecite, consultée le 8 novembre 2026.

